Enfermez-moi j'ai tué mis en pièces dévoré emporté donné à un loup

Bête farouche et extraordinaire qui dévore les filles

Courrous noir blanc tâcheté poitrail rayures feu queue très longue oreilles pointes yeux sang griffes énormes

Pitié perdu visages noms parole

Condané froi froi seul je m'enui sal pue froi

Menti pas tué

On pourra ni m'empoisonner ni m'attraper

Ma couche trou de bête creux tourbe fumante

Malin noir

Je me couvre m'emplis de vos odeurs les plus infimes les plus fortes invisible je lèche avale frissonne je sens ni froi ni souille ni nuit

Malebeste hideuse volante diable

Meute

Tous les membres emportés

Jeune enfant fille jeune fille fillette jeune garçon femme garçon petit jeune fille garçon fille femme femme fillette fille fille garçon petit corps  garçon fille femme jeune femme jeune femme enfant fillette vieille femme garçon femme vacher vieille garçon  jeune fille fille fillette berger faucheur drôle drôle femme femme fille drôle fillette fillette fille garçon garçon fillette jeune femme laboureur femme jeune femme enfant enfant nouveau né jeune fille jeune fille fillette fillette garçon orpheline vieille fille jeune garçon fille garçon fillette pâtre jeune garçon fille enfant vieille jeune enfant fille

Hiène

Attaque par le dos nuque mange

Condamné comme si juste et pendu et brûlé et cendres piétinées

Ici l'innosant pas un crime aie pitié

Misérablement mange dévore nuque visage et chair tout autour cheveux ostés horriblement éventre

Tous casse égorge décapite

Je sens j'entends le cœur dans leur poitrine palpiter battre à la mort leur souffle râle rauque se déchire

Rage

Bête féroce bête homme invulnérable bête cruelle bête fantastique farouche bête façon du démon bête hideuse bête dévorante bête assassine bête furieuse bête déchiqueteuse maudite bête bête décapiteuse bête ennemie

Ai-je eu peur de ne plus rien voir des rivières des fossés profonds d'être engloutie de boue ai-je eu peur de tout recommencer tout perdre mener mes enfants au péril ai-je eu peur des lumières des maisons trop proches des aboiements d'être reprise ai-je eu peur des ronces noires épaisses des remuements brusques tout autour des vastes souilles fraîches de ne plus trouver les forces de me relever marcher ai-je eu peur d'oublier les miens ai-je eu peur d'être à la merci trompée perdue totalement ai-je eu peur de la neige glacée ai-je pleuré tremblé ai-je eu peur d'être tuée par derrière ai-je eu peur du petit jour du premier homme du premier mot

 

 

 

 

Ai-je eu peur, 2017


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Ai-je eu peur
Gravure sur Corian
2017



 

EMMANUEL ARAGON



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